Tu as une compréhension assez fine de toi-même mais rien ne change. Tu sais d’où viennent certaines de tes réactions. Tu connais tes déclencheurs. Tu sais que tu as tendance à t’oublier pour prendre soin des autres.
Et pour ça, tu as lu des articles, écouté des podcasts, tu as fait un travail sur toi, es allé voir un psy ou un thérapeute.
Et pourtant, au moment où une émotion forte apparaît… tu te retrouves encore à réagir comme avant, malgré ta bonne volonté.
Car comprendre n’est pas la même chose que transformer. Voici quelques éléments d’explications.
Pourquoi la compréhension ne suffit pas toujours ?
Nous avons souvent été conditionnés à utiliser nos capacités d’analyse et de réflexion. Alors, quand nous rencontrons une difficulté émotionnelle, nous cherchons souvent à la résoudre en comprenant. Et la compréhension est précieuse.
Elle permet de :
- mettre des mots sur ce que l’on vit ;
- donner du sens à son histoire ; identifier les situations qui touchent plus particulièrement;
- prendre conscience de certains mécanismes, quels schémas se répètent dans la vie.
Mais cette compréhension bien qu’utile a aussi ses limites. Car une grande partie de nos réactions émotionnelles ne se joue pas uniquement au niveau de la pensée mais plus particulièrement dans l’expérience.
Le cerveau comprend… mais le corps réagit
Tu as probablement déjà vécu cette situation : « Je sais que je ne suis pas en danger, mais mon corps réagit comme si je l’étais. »
C’est parce que nos expériences passées ne sont pas seulement enregistrées sous forme de souvenirs conscients. Elles s’inscrivent également dans notre manière de ressentir, de percevoir et de réagir. Elles s’engramment directement dans notre corps, dans notre système nerveux et nos automatismes.
Par exemple :
- tu peux savoir qu’exprimer un besoin est légitime… et pourtant ressentir une grande anxiété au moment de le faire ;
- tu peux comprendre que tu n’es plus cet enfant qui devait tout gérer seul… mais continuer à avoir du mal à demander de l’aide.
C’est un décalage que tu peux ressentir et qui parait très paradoxal. Non pas que tu es bizarre, mais le cerveau rationnel et réflexif ne dirige pas tout. En effet, lorsqu’on se sent en sécurité, le cerveau rationnel est disponible. Mais lorsqu’une émotion forte apparait, et cette partie du cerveau se désactive pour laisser place à des mécanismes plus anciens mais aussi automatiques. C’est le système nerveux qui agit beaucoup plus vite que la réflexion.
Les émotions se vivent dans le corps
Une autre raison explique pourquoi le changement peut sembler difficile. Les émotions ne sont pas uniquement des pensées mais elles sont avant tout des expériences physiques.
Tu peux ressentir :
- une boule dans la gorge ;
- une tension dans la poitrine ;
- un nœud dans le ventre ;
- une accélération du rythme cardiaque.
Le corps garde la mémoire de nombreuses expériences. Et parfois, même lorsque l’esprit a compris, le corps continue à réagir selon ses anciens repères. C’est pour cela que certaines situations déclenchent encore des réactions que tu pensais avoir dépassées.
Pourquoi retombe-t-on dans les mêmes réactions ?
Lorsque nous sommes stressés ou activés émotionnellement, le cerveau privilégie ce qu’il connaît déjà pour ne pas consommer trop d’énergie.
Autrement dit, il revient vers les stratégies qui lui ont permis de traverser certaines situations qui ont été répétées auparavant même si elles ne sont plus adaptées aujourd’hui.
Par exemple :
- éviter le conflit ;
- se suradapter ;
- exploser sous l’effet de la colère ;
- minimiser ses besoins ;
- se couper de ses émotions.
Ces réactions ne disparaissent donc pas uniquement grâce à la compréhension intellectuelle. A force de les répéter des dizaines de fois, les comportements et réactions deviennent automatiques. Un chemin déjà tout tracé, c’est pourquoi on appelle ça une autoroute neuronale. Et tant qu’un nouveau chemin n’a pas été créé, le changement reste sur le mode de la réflexion.
Alors, qu’est-ce qui permet réellement de changer ?
Le changement durable implique généralement plusieurs dimensions.
1. Développer la conscience de soi
Observer ce qui se passe en soi reste une étape essentielle. La compréhension n’est pas à bannir, loin de là, il est intéressant de continuer à se poser des questions:
- Qu’est-ce qui m’active ?
- Qu’est-ce que je suis en train de ressentir ?
- De quoi aurais-je besoin dans cette situation ?
La conscience est une première étape, elle permet la compréhension et de sortir progressivement du pilotage automatique.
2. Passer par l’expérience
On ne transforme pas une réaction émotionnelle uniquement en y réfléchissant. Le changement se construit aussi à travers de nouvelles expériences.
Par exemple :
- exprimer une limite et constater que la relation survit ;
- demander de l’aide et être accueilli-e et soutenu-e ;
- traverser une émotion sans être submergé-e.
Ces expériences permettent de donner de nouvelles réponses émotionnelles face à une situation, elles viennent progressivement rééduquer le système nerveux et ramener le corps vers la sécurité.
Ce sont aussi les expériences du corps qui vont libérer certaines émotions qui sont restées coincées. Et en cela, le breathwork et la sophrologie peuvent être d’une grande aide.
3. Faire preuve de répétition
Nos automatismes se sont construits au fil des années. Il est donc normal que leur transformation demande du temps. Le changement durable repose souvent sur de petits ajustements répétés. Pas sur une révélation soudaine.
Pour créer de nouveaux chemins neuronaux, il est essentiel de pratiquer, répéter, expérimenter. C’est pourquoi pour ancrer de nouvelles habitudes, on évoque souvent des méthodes sur 21 jours. Selon d’autres études, il serait nécessaire de répéter des actions sur 2 mois environ..
4. Cultiver la bienveillance envers soi et la sécurité intérieure
Beaucoup de personnes abordent leur travail émotionnel avec dureté.
Elles pensent : « Je devrais déjà avoir dépassé ça. »
Pourtant, la culpabilité favorise rarement le changement. Comprendre que certaines réactions ont été des stratégies de survie permet souvent de développer davantage de compassion envers soi-même.
Et cette sécurité intérieure facilite les transformations. Alors, adopter un discours bienveillant vis à vis de soi, non jugeant, est la clé.
5. Changer ses croyances
De nombreuses personnes veulent changer, se transformer, dépasser un schéma, souvent par l’action, de nouvelles habitudes. Pourtant, les croyances et l’identité sont également des domaines à restructurer et changer.
Par exemple, si tu penses que tu n’y arriveras pas, que cette quête te semble impossible ou que tu ne le mérites pas, tu vas freiner ta mise en action et le basculement potentiel.
Cela rejoint le discours bienveillant et indulgent. Tu peux croire:
- que le changement est possible
- qu’il est à ta portée
- que tu as le droit à l’erreur
- que tu n’a pas besoin que tout soit parfait
- ou que tout fonctionne du premier coup.

Est-il possible de changer vraiment ?
Les recherches sur la plasticité cérébrale montrent que notre cerveau conserve une capacité d’adaptation tout au long de la vie. Cela ne signifie pas que l’on efface complètement son histoire. Cela fait partie de nous mais que notre identité et nos expériences ne sont pas figées.
Il est donc possible de :
- développer de nouvelles ressources ;
- élargir sa capacité à réguler ses émotions ;
- faire des choix plus conscients ;
- sortir progressivement de certains schémas répétitifs.
Le changement existe rarement sous la forme d’un avant/après spectaculaire ou sensationnel. Il ressemble davantage à une succession de petits moments où l’on choisit différemment. Cela prend parfois la forme de quelque chose de subtil.
Se faire accompagner pour mieux changer?
Parfois, malgré toute la motivation du monde, il reste difficile d’avancer seul-e. Parce qu’il est compliqué d’observer ses angles morts. Parce que certains mécanismes sont profondément ancrés. Ou simplement parce qu’il est épuisant de tout porter seul-e.
Un accompagnement peut alors offrir :
- un espace sécurisant ;
- un regard extérieur bienveillant ;
- des outils adaptés à ta réalité ;
- le développement de nouvelles ressources ;
- un soutien dans l’expérimentation de nouvelles façons d’être.
Non pas parce que tu es incapable d’y arriver. Mais parce que nous évoluons souvent mieux en relation et que c’est la clé de la co-régulation.
Un espace pour expérimenter?
FAQ – Questions fréquentes
Parce que les réactions émotionnelles impliquent à la fois les pensées, le corps et le système nerveux. Comprendre est une étape importante, mais elle ne suffit pas toujours à transformer des automatismes anciens.
Oui. Le changement est rarement linéaire. Revenir à d’anciens réflexes ne signifie pas que tu n’avances pas.
Oui. Avec du temps, de la répétition et parfois un accompagnement, il est possible de développer de nouvelles réponses émotionnelles.
Parce que la compréhension est intellectuelle et que le changement passe par l’expérience et la mise en pratique.
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